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Entretien de Serge de Beketch avec N. M. Malliarakis
Serge de Beketch répond à N. M. Malliarakis.


Quelle est pour vous la place de la polémique dans le débat politique ?

Aujourd'hui ? Inexistante ! A force de politiquement correct, et sous prétexte d'interdire le racisme, on en arrive à interdire la polémique. Tenez, il y a quelques années, Fabius nous a fait un procès pour avoir mis en une de Minute la France un portrait-charge le représentant en Nosferatu. Fabius avait cru y voir une caricature antisémite alors qu'il s'agissait de le mettre en cause dans l'affaire du sang contaminé. On ne peut plus se moquer de personne ! Quand Le Pen traite Fodé Sylla de " gros zébu fou ", il ne fait que donner la version africaine du " gros bœuf " par lequel dans nos campagnes on désigne les cons épais. Crac, procès ! Remarquez, cette traque permanente nous rend service. Elle nous oblige à être plus futés...

Vous avez déclaré : " il faut tuer son ennemi ", la polémique sert-elle à tuer ?

Oui ! En politique, il faut tuer son adversaire. Pas physiquement, mais comme aux échecs. Il faut lui casser le moral, le faire douter de lui même, le déconsidérer aux yeux de ses amis, le rendre infréquentable. Quand, pour écouter un orateur réputé rasoir, Léon Daudet arrivait à la chambre des députés en pyjama avec son oreiller sous le bras, même ses pires ennemis riaient. L'endormeur était caramélisé.

Parlons de votre action à Toulon. En tant que polémiste, avez vous eu du mal à vous insérer dans une structure institutionnelle ?

Du mal ? J'étais descendu pour la durée d'un mandat municipal, je suis remonté la paille au cul au bout de quatre mois ! Si vous connaissez quelqu'un de moins " inséré dans une structure institutionnelle " comme vous dites, j'aimerais le rencontrer ! En fait, j'avais cru pouvoir changer les règles du jeu, ouvrir la fenêtre et faire respirer un peu. Je me suis pointé comme le marshall de Western qui arrive dans une ville de la frontière pour sulfater les Dalton et épouser la tenancière du saloon mais ce n'était pas " règlements de comptes à OK Corral ", c'était " Quand la ville dort " ! En province, tout politique, fut-il le plus infime est un notable parmi les notables. Il porte le fanion du parti à bout de bras. Chaque mot, chaque geste est analysé, décortiqué. Moi qui ai toujours été un homme libre, qui n'appartiens à aucun parti, je n'ai pu me muer en homme d'appareil. Ca ne pouvait pas durer. Cela dit, avec mon journal municipal, je me suis bien amusé. J'ai eu le temps de flinguer les mecs de Var matin, que j'ai fait ramper, et ceux de Charlie Hebdo, qui ne s'en sont pas encore remis, les pauvres chéris !

Entre vous et Charlie Hebdo, était-ce un duel de polémistes ?

Ces types-là, des polémistes ? Vous rigolez ! Ce sont des êtres grossiers, médiocres, des insulteurs. J'ai un mépris d'airain pour ces petits flics de la pensée qui se prennent pour des humoristes parce qu'ils impriment sur papier journal ce que les graphomanes virgulent chaque matin, dans les chiottes de gare. Un polémiste, c'est Daudet qui prenait le chef de la sûreté nationale au collet, c'est Bloy qui exécrait les journalistes : " on les vomit, et après les avoir vomi, on les ravale avec fureur pour les déféquer ! " Philippe Val, à côté, ce n'est rien. Je connais Cabu, Gébé, j'avais conçu ma réponse à Charlie comme un clin d'oeil. Et ils ont ameuté les médias ! Le fascisme était à leur porte ! Vous appelez ça des polémistes ? Moi j'appelle çà des blattes. , en grec, c'est la guerre. On ne fait pas la guerre avec des blattes. A mon avis, il n'y a plus de polémistes que dans la droite nationale. Nous avons François Brigneau, ADG, Jean-Pierre Cohen... Mais qui leur répond ? Qui polémique avec nous ? On ne nous oppose que le silence, ou bien l'injure et la calomnie. La polémique, ce peut être le feu, le danger, la prison, les amendes, la ruine, la folie peut-être. Zola a connu l'exil, Daudet la prison, Bloy s'est cramé le cerveau... Je n'ai pas face à moi un adversaire mais une sorte de grosse méduse qui picote quand on la touche. A force de procès, on m'a tout pris. Je n'ai plus rien. Plus un sou, plus un meuble, plus de maison. Il ne peuvent plus rien me faire, on ne tond pas un oeuf. J'écris et je dis ce que je veux. Ca plaît ou pas, c'est pareil. Même dans la droite nationale, il y en a qui me traitent d'agent provocateur. En fait, c'est très facile de devenir un grand polémiste, il n'y a qu'à faire comme Saint-Affrique (NDLR conseiller de Le Pen exclu du FN après avoir critiqué les amitiés " néo-nazies " de Bruno Mégret) et à me mettre à cracher sur Le Pen. En six mois, je suis une star, et j'ai ma chronique à L'événement du jeudi !

Croyez-vous à un retour de la polémique ?

Pas tant qu'il y aura des inspecteurs Gaubert et des commissaires Gayssot. Les polémistes, comme les généraux de 1939, sont en retard d'un conflit. Ils font la guerre avec les mots, l'ennemi se bat avec le fric. Il ne joue pas aux échecs, mais au Monopoly, où il ne faut pas tuer l'adversaire mais le ruiner. Forcément, bande molletières contre défoliants, la lutte est inégale. A mon sens, les polémistes sont des dinosaures. Les derniers grands polémistes sont une espèce en voie de disparition. Le système n'en veut plus.

Propos recueillis par N. M. Malliarakis.

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